Adapté de l’œuvre de Jalila Baccar, Araberlin commence par la disparition de Mokhtar, jeune étudiant libano-palestinien, soupçonné d’appartenir à un réseau terroriste. Les proches de l'adolescent - sa famille et sa compagne- doivent alors se confronter au harcèlement médiatique et policier ainsi qu’au rejet de leur entourage. Sur un sujet d’actualité pourtant sombre, l’auteur aborde le thème avec humour et subtilité. Ce mélange des genres est renforcé par une mise en scène à la fois rigoureuse et originale dans laquelle les cinq comédiens interprètent une quinzaine de personnages très différents. Ces jeunes artistes changent de ton comme de tenue, alternant entre langage cru et haineux, et discours grotesque. Il en ressort une pièce d’une intensité rare où l’on jongle habilement entre tragique et comique. Résolument engagée, Araberlin est une vraie réflexion sur la peur de l’islam et sur l’intégration, servie par une troupe talentueuse. Mention spéciale à Nelson Ghrenassia, toujours très juste, malgré la diversité des types de personnages qu’il incarne.
Marianne Cousseran
Critique d'Adélie Gintrand sur ARABERLIN, parue sur www.culturecie.com
Création lauréate du Prix Paris Jeunes Talents 2008, « Araberlin » est à l'affiche du Théâtre des deux Rives jusqu'au 22 novembre 2008. L'occ asion de découvrir le talentueux « Collectif Mona » dans la pièce de Jalila Baccar, par ailleurs récompensée en 2003. L’esquisse…
« Araberlin », c’est une histoire, ou plutôt un scénario simple autour du racisme : à Berlin, un an après le 11 septembre 2001, un jeune étudiant libano-palestinien dénommé Mokhtar disparaît sans explication. Sa sœur et sa fiancée, comme tous ses proches, se retrouvent confrontées aux questions indiscrètes, qui avancent insidieusement vers une présomption d’appartenance à des groupes terroristes. La machine est lancée : police, enquêtes, médias. La cellule familiale éclate, la sphère sociale se durcit. Le jugement, la peur, et l’incompréhension se cristallisent.
« Araberlin » dresse un portrait factuel de l’épisode : comme inspiré d’un fait divers, la pièce ne juge ni ne dénonce. Simple constat d’une réalité, elle raconte une histoire-miroir de sociétés en proies aux malaises.
La critique d’Adélie Gintrand…
Une pièce de plus sur le racisme, la peur de l’autre ; thèmes vus, revus et corrigés ? Etrangement le passé proche semble oublié, pourtant le tourment qui a quitté nos 20 heures a laissé des traces sur des vies. Alors « Araberlin » n'est pas réductible au déjà-vu…
Cinq comédiens: costumes aux lignes pures, dans lesquels flotte un nuage de fantaisie. Le rose est flashy ; les guêtres écossaises ; le pantalon violet ; la veste rouge. Une rigueur astucieusement mêlée à la folie.
Doucement, ils entament « a cappella » un air d’opéra; le plateau est nu, seul ce projecteur les éclaire: « Araberlin » s'ouvre sur l'épure. Le temps de nous faire entrer dans cet univers, lisse, ordonné, mais dans lequel les comédiens laissent vibrer une fêlure, à peine lisible, un regard qui vacille, une voix qui trébuche, un soupçon de malaise… Le chant se termine, abruptement, brisé. Le compte à rebours est lancé. La musique devient électronique, les cinq comédiens se dispersent, le tempo s’accélère.
La mise en scène, signée Claire Fretel, est inventive, forte, ne tombe pas dans la facilité. Si elle joue sur des effets fréquemment utilisés elle ne tombe pas non plus dans le déjà-vu : les changements sont « à vue », les spectateurs sont en cercle autour des comédiens et le plateau est sans décor. Mais dans cet espace « comédiens/spectateurs », les limites sont volontairement floutées, et le choix est aussi pertinent qu'innocent.
Innocence semble être le mot d'ordre de la pièce, celui qui donne le ton, qui trace le fil: les comédiens gardent une fraîcheur qui est l'invisible rôle, pivot de l'engagement des spectateurs. C’est avec sa jeunesse que le « collectif Mona »* parle et défend cet « Araberlin »: c’est d’elle que la troupe tire sa capacité de conviction et d’engagement. Certains y verront une faiblesse; nous y voyons une force qui légitime le propos et donne une résonance à ses partis pris.
Ainsi les comédiens nous embarquent-ils dans cette histoire avec générosité, ardeur et précision. Intervenant sur leurs personnages, leurs histoires, leurs réactions, ils les commentent, les interrogent. Ce va et vient, entre la narration pure de l’histoire et sa remise en question, débouche sur de jolis moments de connivences, de sourires et de simplicité - « distanciation enfantine » du comédien face à son rôle, jeu de miroir peut-être, avec la folle réalité dont ils parlent, et qu'ils vivent, et dont ils sont les victimes. Le texte est révélé, le propos creusé, la mise en scène n’est pas appuyée, elle est diluée.
Le « jeu » théâtral du « Il était une fois » de Cocteau est au rendez-vous. Et les "je" sont flous encore, et pourtant bien familiers.
Critique de Nicolas Arnstam sur ARABERLIN, parue sur www.froggysdelight.com
A Berlin en 2002, la disparition d’un jeune étudiant libano-palestinien va être le point de départ de la gigantesque implosion de l’entourage du jeune homme, soupçonné d’appartenir à un réseau terroriste. Sa sœur, mariée à un Allemand, verra autour d’elle les regards changer et les comportements se durcir à son égard.
Avec "Araberlin", Jalila Baccar, d’une écriture écorchée et crue, nous entraine de fausse piste en fausse piste dans une "tragédie moderne" sur fond de suspicion, préjugés de tous ordres, xénophobie et haine latente qui vont se développer dans un contexte d’angoisse face au terrorisme. Elle dresse un constat résolument noir d’une situation désespérée (et désespérante).
La mise en scène clinquante de Claire Fretel, dans une aire de jeu circulaire autour de laquelle sont disposés les spectateurs, distille ce texte-choc à la fois comme une farce grotesque et comme une sonnette d’alarme. On appréciera la maîtrise des comédiens, au diapason, qui passent d’un personnage à un autre et se changent à vue pour garder un rythme soutenu.
Ce procédé a tout de même pour défaut, outre un petit côté exhibitionniste, de gâcher un peu l’effet de surprise. En revanche, il permet de voir le cheminement de l’acteur vers son personnage et de rester en permanence à l’intérieur de l’action.
Les scènes sombres, parfois violentes, se succèdent et l’on reste sonné par cette histoire qui pointe du doigt le repli sur soi et la peur de l’autre dans un monde de plus en plus absurde où même l’amour n’a plus sa place.
Un spectacle polémique éprouvant mais nécessaire qui démonte le mécanisme du racisme ordinaire et met en évidence l’échec de l’intégration dans nos sociétés occidentales.
Retour de Louise Doutreligne sur la lecture de TERRORISME paru sur le site Internet d'ANETH :
« Le groupe Mona a présenté début décembre 2007 en lecture dramatisée Terrorisme de Vladimir et Oleg Presnakiov au centre culturel de Fontenay-sous-bois, au Théâtre de l'Est parisien et enfin au théâtre du Rond-Point.
Trois volets, trois moments particuliers pour une même lecture, ce qui a permis à ce jeune collectif d'actrices et d'acteurs (promotion Juin 2007 de l'ESAD) de confronter leur travail et d'expérimenter en très peu de temps des plateaux différents, des publics différents, des horaires différents, des débats différents et donc de vivre une belle expérience de théâtre.
Leur prestation très soignée, rigoureuse, structurée a permis de révéler de vrais tempéraments de théâtre aussi bien du point de vue du jeu que de la mise en scène. Nous pouvons saluer ici l'engagement de ces jeunes artistes qui, dès leur sortie d'école, ont choisi avec passion les voies de la découverte et de la promotion des auteurs vivants.
Nous avions eu le plaisir de les découvrir pendant leurs études dramatiques autour d'un texte de Dominique Paquet Les Maîtres fugueurs une première année. Nous les avions retrouvés l'année suivante autour du texte de Koffi Kwahulé El Mona justement, titre qui donna le nom à leur collectif, et ils viennent de nous confirmer leur talent avec Terrorisme des frères Presnakiov. Souhaitons leur bonne route, accompagnés des écrivains d'aujourd'hui et espérons très vite pour notre plus grand plaisir d'autres croisements. »
Louise Doutreligne, Auteur et conceptrice des Lundis à Fontenay, Mardi-Midi au Rond-Point et Mercredis 18 heures au Théâtre de l'Est parisien.